emi-sphere.blog4ever.com

Emi-sphere

Le rendez-vous

Fred se dépêche de sortir de l’école ; il est 16h45, il faut qu’elle arrive à l’heure à son rendez-vous et déjà elle a été retenue par une mère d’élève légèrement agressive. La soirée commence mal et elle est trop sensible aux signes-ou superstitieuse peut-être ?

Bref, le temps n’est pas lisse, les minutes ne coulent pas avec une fluidité sereine, le soir tombe vite en ce mois de novembre et aujourd’hui il fait froid.

-Bon, arrête de gémir et va chercher ta voiture ; tout va bien.

Elle se bouscule tout bas, elle essaie de se rassurer mais elle ne peut s’empêcher de penser «  oui, tout va bien…pour l’instant ! »

Elle attend ce rendez-vous depuis si longtemps, elle s’y prépare depuis tant et tant de semaines, qu’elle néglige tout le reste. Même son travail, qu’elle aime pourtant ; même ses élèves auxquels elle se dévoue corps et âme. Plus rien ne semble avoir d’importance à ses yeux que le rendez- vous de ce soir.

Le rendez-vous de Novembre…On dirait un titre de livre pense-t-elle , souriant malgré elle à cette futilité.

Revenant tout à coup à la réalité elle réalise qu’elle est arrivée sur le parking. Fébrile, elle se dirige vers l’emplacement 17, les clés à la main, prête à voler vers l’inespérée. Mais parvenue au numéro elle a comme un coup de poignard au cœur : la place est vide.

-Ce n’est pas possible, c’est bien là que j’étais pourtant !

Voyons 17, 17 comme les Charentes maritimes…Est-ce que c’était ce matin ou hier ?mais je me gare toujours là, tous les jours !

La panique s’empare d’elle, elle transpire et tremble, elle a de la fièvre ; son cœur bat la samba, elle respire mal.

-Il faut que je me calme, que je me calme, que…je….Mais elle ne sent plus ses jambes, elle va tomber.

Eperdue elle s’assoit sur une borne à moitié déchaussée, essaie de reprendre son souffle.

-Je vais faire le tour du parking, j’ai du simplement me tromper de place, je vais la retrouver.

Elle fit dix fois le tour sans voir aucune Renault Clio grise immatriculée AB 329 ZX. Soudain ce numéro la fit bondir

Elle fit de nouveau le tour du parking en sens inverse et cette fois s’arrêta devant une Clio portant ce numéro. Mais…elle était blanche. Blanche pas grise !

-Mais pourtant c’est bien mon numéro ; enfin, ma voiture est grise ; qu’est-ce qu’il m’arrive ? Je perds la tête !!!!...Oh mon dieu mais oui je me souviens ce n’est pas AB 329 mais AB 923.

Hébétée elle rebroussa chemin, sortit du parking.

Que lui arrivait-il ? Elle ne parvenait pas à se souvenir de l’endroit où elle avait garé sa voiture.

-Mon dieu, ce n’est pas possible, je vais être en retard à mon rendez-vous. C’est à l’autre bout de la ville ! Il faut que je prenne le bus. Tant pis je serai en retard mais j’y arriverai. Ou…un taxi…Mais oui un taxi !

-Allo la compagnie de taxi ? Oui je voudrai un taxi immédiatement s’il vous plait. Je suis à l’arrêt de bus, 53 rue martin du Gard. Dans un quart d’heure seulement ? Bon tant pis ; oui oui je vous attends

Quand même qu’est-ce que j’ai bien pu faire de ma voiture ? Et mon numéro d’immatriculation ? je ne m’en souviens même plus !

Elle a fermé les yeux et comme toujours dans ces cas là elle revoit un petit visage aux grands yeux noirs, aux cheveux blonds bouclés ; celui d’un petit garçon de 5 ans, rieur et mutin. Elle eut soudain un sourire de bonheur.

 

Pourquoi avait-elle oublié où elle avait garé sa voiture ? Comme si elle avait voulu retarder le rendez-vous, laisser l’espérance durer un peu plus longtemps…

Tout à coup elle se souvint…le numéro qui lui était revenu en mémoire…C’était celui de son ancienne voiture…celle qu’elle avait vendue il y avait maintenant deux ans.

Seigneur se dit-elle, mais je n’ai plus de voiture ; je n’en n’ai pas racheté depuis !

On aurait dit qu’elle avait remonté le temps. Qu’elle était revenue à ce jour lugubre où elle avait perdu le contrôle. Elle avait effacé toute sa vie d’après.

-Pourquoi…Pourquoi…Comment ai-je pu…

« Madame, madame, vous êtes arrivée ! Vous êtes sûre que tout va bien ? Vous êtes toute pâle ! »

-Oui, ce n’est rien, je vais bien. Merci mon sieur.

Elle resta sans bouger jusqu’à ce que le taxi ait disparu, puis s’avança lentement vers son rendez-vous.

Elle était de nouveau dans la réalité mais toutes les fibres de son corps lui faisaient mal.

Elle était devant le bar où on lui avait donné rendez-vous. Elle entra, chancelante et blême, et s’assit à une table à l’écart, dans un coin discret du de la salle.

« Tiens, dit le bistrotier, voilà Madame Hébert. Un peu en retard, comme d’habitude.

-Vous la connaissez ? Interrogea un client, nouveau apparemment.

-Oh bien sûr, elle vient tous les soirs depuis deux ans. Elle demande un café et elle attend…Elle reste jusqu’à la fermeture, le regard fixe ; elle ne parle à personne.

-Et vous ne lui avez jamais parlé vous ? Demandé pourquoi ?

-Elle me l’a dit la première fois. Son petit garçon a disparu dans le parc, là, en face. Depuis elle vient l’attendre tous les jours.

 

 

 

Le rendez-vous

 

 

 

 

 

 



01/05/2019
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Cache refresh
Ces blogs de Journal Intime pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 10 autres membres